Quelques constats au lendemain de l’élection européenne 2009.
1. Le traitement par les grands médias nationaux
Toujours aussi peu pertinent. On a fait une fois de plus de cette élection une sorte de grand sondage national, en ignorant les aspects régionaux et, bien sûr, en ne parlant presque pas du résultat concret : le renforcement de la position du PPE au Parlement Européen. Visiblement, nos radios et télévisions ont encore du mal à intégrer que des élections européennes ne sont pas qu’une addition d’élections nationales. J’ai même entendu parler de « victoire de Berlusconi »… Que vient-il faire là-dedans ? Tout comme Sarkozy : était-il candidat ? On voit bien que les vrais candidats sont perçus comme des pions, posés par les grands leaders nationaux. Or, désolé, mais je me refuse à voir Joseph Daul, Catherine Trautmann, Sandrine Bélier, Jean-François Kahn… comme des pions ! On nous parle de pourcentages pour tel ou tel parti, et on nous refait le coup des municipales, où des pourcentages nationaux n’ont aucune signification !... mais on parle à peine de sièges ! On vote pour une assemblée, mais je n’ai pas encore vu d’infographie du Parlement avec la répartition estimée des sièges. Incompétence de nos amis "grands" journalistes, ou réelle volonté de maintenir les gens dans leurs carcans nationaux ? Heureusement que la presse écrite (du moins, alsacienne) rattrape un peu...
2. La fameuse « victoire » du parti présidentiel et d’Europe Écologie.
Si je conçois bien que l’UMP soit fière de ses résultats, notamment car elle les a améliorés par rapport à 2004, les scores de ce parti n’ont pourtant pas vraiment bougé depuis le premier tour des présidentielles 2007, et plus de 72% des Français ont voté pour un autre parti, plus de la moitié ayant d’ailleurs voté à gauche. Donc une victoire du PPE, oui, une victoire de l’UMP, à voir.
Concernant Europe Écologie : pour moi les cinq principales raisons de leur succès sont :
a) le fait que la liste ait vraiment parlé d’Europe. Ce n’était pas la seule à le faire, mais là au moins on sentait que les candidats étaient motivés (contrairement à certains qui considèrent le Parlement européen comme une punition) ; b) la personnalité de Cohn-Bendit, avec son côté franc-tireur et sa double culture franco-allemande (que pourraient, au passage, avoir tous les Alsaciens si on s’en donnait les moyens) ; c) l’impression d’union qui se dégageait de cette liste pourtant hétéroclite. On avait là des gens avec des idées en partie différentes qui se sont rassemblés ; pas comme chez d’autres où les gens ont des idées très proches mais s’étripent sur des questions personnelles ; d) un certain effet de mode. Le film Home pourquoi pas, mais surtout un contexte général qui se prête bien au vote écolo ; e) enfin, le report de nombreux socialistes déçus.
Ainsi, je ne crois pas qu’Europe Écologie, si le mouvement continue d’exister en l’état, rééditera son score. Elle a plutôt des chances de se stabiliser à 7-8%, à l’allemande, en représentant toutefois une force que n’ont encore jamais eu les Verts français. Bon, à la limite, ça m’est égal, ce qui m’intéresse pour cette élection européenne, c’est le résultat au niveau européen !
3. La situation du MoDem
Une chose est sûre, Bayrou a été victime d’un acharnement médiatique qui m’a tristement fait penser à celui qu’avait subi la reine du Poitou, avant et après l’élection. Quand Cohn-Bendit l’insulte, il répond par un coup bas, mais l’écolo n’était pas exempt de tout reproche non plus. Or on a parlé que de Bayrou. Aussi car ce genre de coup bas n’est pas du style de Bayrou. Alors que tout le monde est habitué à la vulgarité de Cohn-Bendit, qui ne choque plus. Bayrou n’avait pas compris qu’il ne pouvait pas se permettre de descendre aussi bas ; il aurait dû élever le débat, il l’a laissé au ras des pâquerettes, sortant de son style « normal ». D’où la perte d’un certain électorat, qui croyait en un leader qui semblait plutôt se placer au dessus du lot, intellectuellement parlant. Son score est certes décevant par rapport aux sondages, mais il me semble qu'obtenir 6 députés n'est pas si « minable » (comme dirait l'élégant Cohn-Bendit). Rien de tel en tout cas pour rendre le leader du mouvement un peu plus modeste... Bayrou a encore de la ressource. S'il tire les leçons de sa déception, il peut rebondir. S'il s'enfonce dans une stratégie trop personnelle, il finira par perdre une grosse partie de ses amis et de sa base militante et son "plus petit des grands partis", actuellement fort de plusieurs dizaines de milliers de membres, deviendra un « petit parti » comme les autres. En tout cas, il a les cartes en main : beaucoup de ses sympathisants lui pardonneront ses égarements s'il prouve qu'il est fiable à long terme.
4. L’éclatement et la faiblesse de la gauche « traditionnelle »
Divisés, perdus entre social-démocratie et gauche radicale, entre anti- et pro-européens (on l’a vu en 2005), avec des candidats un peu « réchauffés » ou souvent pas très convaincus eux-mêmes, les socialistes ont du mal à convaincre. Le mot « communiste » a presque disparu de l’échiquier politique français et européen, adviendra-t-il la même chose du terme « socialiste » ? Devrait-on créer en France un grand parti « travailliste », qui retourne à ses fondamentaux : la défense des salariés, qui représentent toujours près de 9 actifs sur 10 ? Ou plutôt se conforter dans une social-démocratie-libérale soi-disant « moderne », qui dans certains pays privatise tout ce qui bouge et fait passer des lois libéralisant le droit du travail ?... Pas facile... L’avenir nous le dira, mais le PS et le PSE me paraissent bien mal en point. D’ici qu’ils se fassent absorber par les Verts…
5. Le niveau de l’abstention
… et un enseignement à travers l’Europe : plus la participation est faible, plus les forces conservatrices en sortent renforcées. C’est logique, car les votants les plus assidus, qui vont toujours voter quelle que soit l’élection, sont d’abord les personnes âgées. Pourtant les jeunes de 18 à 25 ans se déclarent les plus attachés à l’Europe. Peut-être la considèrent-ils trop comme un acquis, qui n’a plus besoin d’être défendu ? Toujours est-il que les jeunes se sont encore moins déplacés que d’habitude. Qu’ils ne viennent pas se plaindre ensuite que l’Europe ne les écoute pas suffisamment ! Car nos élus ne sont pas fous, ils écoutent d’abord ceux qui les ont portés au pouvoir, et donc, ceux qui remplissent le mieux leur devoir civique.
Finalement, sur les derniers points, Colmar et l’Europe se ressemblent étrangement, vous ne trouvez pas ? Mais, amis Colmariens, rassurez-vous, chez nous, l’église restera au milieu du village, et notre bien-aimé bourgmestre nous protègera de toutes les menaces, à commencer par le changement !
Pour dégoûter les citoyens de l'Europe et de l'idée européenne, les gouvernements successifs et ceux en place ont fait tout ce qu'il fallait:
prétendre que tout serait beau, annoncer la prospérité sans nuages ( au moment de Maastricht, par exemple, alors que je ne m'étais pas rendu compte que c'est là que les Etats ont abandonné à la Banque centrale européenne leur droit de frapper monnaie et de maîtriser le crédit ... Maintenant, ils n'ont plus que le droit de payer des intérêts faramineux pour leurs emprunts auprès des financiers maîtres du jeu )
en mettant sur le dos de l'Europe toutes les mesures impopulaires, etc ...
en ne disant jamais toute la vérité sur les affaires européennes ( rappelez-vous le plombier polonais, la directive Bolkenstein, qui ont servi d'épouvantail )
en suscitant la méfiance avec des embrouillaminis : constitution européenne ou traité, démarche d'adhésion de la Turquie
Ces actions à la gribouille ont eu le plus grand succès: voir l'incroyable démobilisation que TD dénonce à juste titre, surtout chez les jeunes. S'ils s'étaient déplacés en masse, pour voter même pour la liste la plus minuscule, la donne serait tout autre. Ils peuvent maintenant s'en mordre les doigts.
Dans ces conditions,les larmes de crocodile versées par les partis de gouvernement sur l'abstention ne font que me mettre en rage.