Réponses de Tristan Denechaud à une étudiante en licence pro Etudes Territoriales dans le cadre de la rédaction d'un mémoire sur l'action des collectivités territoriales colmariennes en faveur des jeunes.
§ Quelles sont les attentes de votre collectif envers les pouvoirs publics colmariens ?
De manière générale, mieux prendre en compte différentes dimensions dans les politiques publiques de la municipalité et de l’agglomération. Trois grands axes :
Développement durable : mettre en place la collecte en porte-à-porte des déchets recyclables, étendre les zones piétonnes, etc.
Transports : rendre les transports en commun plus performants, notamment en concentrant les bus sur 3-4 lignes cadencées aux 10 minutes, développer le réseau cyclable et la location longue durée de vélos, etc.
Démocratie locale : mettre en place de vrais conseils de quartier et des élus référents (cf. mon billet là-dessus dans le dernier Point colmarien), un conseil des jeunes (12-18 ans, éventuellement 12-25…), proposer des consultations sur tous les projets structurants, etc.
Comme vous le constatez, nous sommes loin de nous limiter à une meilleure prise en compte de la jeunesse, mais partons du principe depuis le début qu’une ville attractive pour les jeunes est attractive pour tout le monde. Nous avons toujours été très attentifs à ne pas être catalogués comme un « lobby jeune », et les jeunes, c’est large : lycéens, étudiants, jeunes actifs célibataires ou en couple, avec ou sans enfants, jeunes soit diplômés, soit peu qualifiés, à la recherche d’un emploi, etc. Chacun a des intérêts variables, et il y a tellement de profils que si l’on veut défendre les jeunes dans leur globalité, on est forcément amené à défendre tous les Colmariens. « Une vision jeune au service de l’intérêt général ».
§ Considérez-vous que l’action des collectivités de la ville de Colmar en faveur des jeunes, soit suffisante ?
Non. Elle n’est suffisante pour pratiquement aucune catégorie d’âge ou sociale, si ce n’est éventuellement pour les personnes âgées d’un niveau social correct (le cœur de l’électorat de la majorité en place).
Certes, la Ville « ne peut pas tout faire », comme le répète régulièrement la majorité, mais elle doit pouvoir initier, inciter, motiver, fédérer, faire connaître, ce qu’elle renonce très souvent à faire, sur un mode fataliste (« les gens n’ont pas envie », « on ne peut pas forcer les associations »...). A fortiori, dans beaucoup de cas, non seulement la Ville n’encourage pas, mais pire, elle décourage l’initiative privée et associative, comme on l’a vu récemment avec le départ du Vélotaxi, à qui la Ville a mis tellement de bâtons dans les roues qu’il a fini par partir.
Pour nous l’offre de transports publics est un gros point noir de Colmar. Il y a seulement deux lignes cadencées aux 10 minutes, les autres circulent de manière plus espacée (20, 30 min, parfois 1h), et il n’y a aucune desserte après 20h-20h30. Il est pratiquement impossible de se déplacer le soir sans voiture. Alors la Ville propose une aide au permis de conduire, qui concerne… au maximum une dizaine de jeunes par an. Et elle se vante ainsi d’aider les jeunes. Elle subventionne aussi l’achat d’un vélo… mais les étudiants habitant en résidence ont été délibérément exclus du dispositif. Chapeau !
A propos des étudiants, on ne s’étendra pas sur le Grillenbreit, quartier « altmodisch » et peu pourvu en services de proximité, qui n’est pas du tout adapté aux jeunes, sans parler du Biopôle, complètement à l’extérieur.
§ Que pensez-vous que les pouvoirs publics pourraient faire pour attirer et fixer davantage de jeunes sur son territoire ?
Les jeunes, de manière générale, cherchent à pouvoir étudier, travailler, élever leurs enfants dans de bonnes conditions. Ils ont donc besoin d’une gamme de services variés et bon marché : employeurs divers et ouverts à la jeunesse (notamment parce que les collectivités locales les incitent à l’être), filières universitaires, logement étudiant, places en crèche en nombre suffisant, etc.
Ensuite il y a aussi le volet culturel, les loisirs, les rencontres, de manière générale. Autant l’initiative privée ou associative offre un certain choix pour les jeunes, autant tout ce qui est programmé en direct par la Ville est presque systématiquement conçu pour un public plus âgé (gastronomie, artisanat, musique classique…).
Quant aux équipements, ils sont aussi largement inadaptés : une seule salle de concert « musiques actuelles », le Grillen, longtemps minuscule et récemment agrandi mais qui reste peu attractif comparé aux autres grandes salles alsaciennes, et un lieu pouvant accueillir près de 10.000 personnes au Parc Expo, mais seulement quelques jours par an car, comme il est seulement coiffé d’une bâche, les gens ne supporteraient pas le bruit tout l’été, et en dehors de l’été, le temps ne s’y prête pas. Enfin, il y a peu de salles municipales et associatives ; les salles municipales sont « historiques » et on ne peut pas y faire grand-chose, et les autres sont pour la plupart la propriété des paroisses. On n’a pas vraiment de « salle polyvalente » moderne, comme la plupart des villages en ont, et encore moins de maisons de quartier (en dehors peut-être du Centre Europe, en cours de rénovation). L’argument : trop cher ! En revanche, on ne rechigne pas à dépenser plus de 20 millions d’euros pour agrandir le musée Unterlinden…
Pour résumer, à Colmar, dans tous les domaines, on a toujours un minimum pour tout, des alibis qui font qu’on ne peut jamais dire que « la Ville ne fait rien », mais cela est très souvent insuffisant, ou mal adapté. Nous avons baptisé cela « la politique des ersatz ».
Cela dit, nous mettons beaucoup d’espoir dans la nouvelle médiathèque qui doit ouvrir à l’automne 2012. En espérant qu’on n’en fera pas un énième équipement municipal « poussiéreux »…
§ En tant que porte parole des jeunes, pourriez-vous m’indiquer quelles sont les principales aspirations des jeunes ?
Difficile à résumer, encore une fois cela dépend beaucoup du « type » de jeunes. Il est vrai que nous avons dans notre association des profils variés, qui nous offrent une certaine représentativité ; cela nous est très précieux. Bien sûr, une partie des jeunes, comme nous, sont engagés dans le milieu associatif ou politique et ont des aspirations très larges, mais la plupart ne le sont pas et, comme leurs aînés, ils aspirent avant tout à avoir une occupation qui leur plaît (études ou travail), et à pouvoir bien se déplacer (si possible sans voiture coûteuse), consommer, faire leurs démarches administratives simplement, faire du sport, sortir…
Ils se différencient davantage de leurs aînés pour les loisirs, mais contrairement à ce que l’on prétend parfois, la plupart des jeunes sont, à catégorie sociale équivalente, souvent moins difficiles que leurs aînés. Ils se satisfont facilement d’un bon cinéma, d’une brasserie sympa, d’un bar pas trop cher et de sites agréables pour se balader (voies vertes, etc.), sans forcément réclamer un opéra, des restaurants gastronomiques, des bars « concept » et un arrêt TGV toutes les heures. Nous savons bien que Colmar ne sera jamais Londres ou Barcelone, mais elle a des atouts que les métropoles n’ont pas, et qui sont à mettre en valeur… au-delà de ses colombages, de ses musées et de ses petits trains.



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